C’est possible de culpabiliser d’avoir voulu mourir ? Je me sens parfois gênée d’avoir cru que c’était la seule issu, la seule solution. J’ai cru … Je voulais juste que ces couteaux dans le cœur, dans le ventre, dans la tête s’arrêtent. Je voulais juste me sentir enfin libérée. Je voulais partir pour que tout se taise, que plus rien ne soit vrai. Je voulais que la réalité de ma vie arrête de me frapper.

 

J’ai vu dans ses yeux et entendu dans sa voix toute la colère et la tristesse de me savoir si mal sans que je lui dise. Je n’ai rien dit à mon entourage et pourtant je dépérissais à vu d’œil. Certains l’ont compris mais personne ne peut imaginer qu’on va aller jusqu’au bout. Je savais comment je voulais faire. Je faisais des recherches la dose qui fera que je partirai. Nous sommes en 2013 et il me restait plus qu’à ressentir quand je serais prête. Il aurait suffi de si peu, il aurait suffi de cette goutte d’eau … Je les aimais tellement que je n’ai pas pu. Les aimer m’a sauvé. Je voulais aussi essayer au moins de m’aimer un peu. Je voulais continuer à voir le jour se lever.

 

Personne ne comprendra jamais le courage qu’il m’a fallu pour me relever et je ne leur en veux pas. J’espère bien que personne ne comprendra ce que j’ai ressenti car c’est comme du pur désespoir. J’étais si fatiguée, je le suis toujours. J’ai lutté si longtemps pour ma survie que je crois parfois que je ne sais faire que ça. Je me sens vivante dans la lutte. Il m’est difficile de vivre pleinement ma vie car je n’y crois pas. Je ne crois pas avoir réussi le chemin vers la vie. Je n’y crois pas d’avoir affronté les monstres qui me hantaient à chaque minute, à chaque respiration. Je me sentais si étouffée par mes peurs, si débordée par ma peine. Je me suis sentie si blessée par un entourage aveugle à la teneur de ma souffrance. Je sais que je portais un masque minimisant mon état. Je sais que je faisais en sorte de ne pas me « tuer » socialement . Ma capacité de survie était à ce niveau.

 

Parfois je voudrais pouvoir dire au gens que j’aimais que je ne faisais pas exprès de péter des plombs, d’être mélancolique. Je voudrais leur dire que je faisais vraiment au mieux. Ma famille m’aimait d’une façon si violente parfois que la petite fille sensible que j’étais avait inhibée ces émotions pour réussir à vivre dans ce climat. Les barrières ont lâché avec le temps, je ne pouvais pas me contrôler constamment. Jamais on ne m’avait autorisé à parler de ce que je ressentais. Si je le faisais, cela se retournait contre moi et la dénigrement m’arrivait en pleine face. J’ai encore peur de dire ce que je ressens. Quels dégâts …

 

Je repense à ceux que j’ai croisé dans ma vie. Pardon, je ne voulais que vous aimez du plus profond de mon cœur. Je ne voulais pas vous faire de mal. Je ne voulais pas être comme ça mais je n’étais pas prête à affronter ma souffrance. Je ne voulais pas être une obsédée du ménage, une personne colérique et angoissée. Je ne voulais pas être si indécise, je voulais tellement être un peu confiante. Je ne pouvais être celle que je voulais être : une femme bien dans sa peau qui vit les moments, tout simplement. Non je n’étais pas cette personne. Pourtant j’ai donné le change, le rire camoufle ce qu’on veut, n’est-ce pas ?

 

Ils m’ont heurté si fort et les blessures sont présentes encore. L’amour des miens ne me permet pas encore de les oublier. J’ai besoin de dire qu’ils m’ont mise en danger, qu’ils ne m’ont pas secouru quand j’essayais de parler de ce que j’avais vécu à cause d’eux. Non chère tante, je ne peux pas avancer comme si rien ne s’est pas passé. Non c’est grave ce que cette famille enfouit dans les tréfonds des non-dits. Non la violence intra-familiale, ce n’est pas un sujet qu’on évite pour se préserver de la vérité. Si je ne dois plus vous voir pour être moi-même et heureuse, je ferai ce qu’il faut. Si je ne dois plus jamais voir mes parents alors cela se passera. Vous ne semblez ne jamais m’avoir acceptée. Je ne pourrais jamais dire que vous ne m’avez jamais aimée mais moi je souhaite de la bienveillance dans cet amour, il ne semble pas que vous puissiez me la donner. Je ne peux plus me permettre d’autres souffrances de votre part. Je me dois aussi de protéger ma famille.

 

Après ce moment de conscience, qu’est-ce que je vais en retirer ? Que ma maladie m’oblige à faire sortir ce flot de douleurs qui se traduit par les souffrances passées. Plus de 30 ans à évacuer, cela prend du temps et tellement d’énergie. Je crois que cela fait 9 ans que j’écris pour m’aider. Je continuerai autant que j’en aurais besoin. Aujourd’hui, je suis bien entourée et aimée à ma juste valeur. Je ne me sens pas inférieure à eux. Je me sens juste à ma place. Je suis une battante mais j’apprends à lâcher-prise. Tout n’est pas combat dans la vie, il y a ces moments de pur bonheur. Ils sont fugaces, je le sais désormais. Je les prends pour guérir mon cœur meurtri. Mon sourire égaye mon visage plus souvent que ma douleur. Le plus important : je suis en sécurité et je vais bien.

 

Le 14 mars 2022.

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