Le 05/09/2018,

Je me sens mal aujourd’hui. En fait je me sens souvent mal. Depuis si longtemps déjà que c’est presque comme une habitude, une récurrence. Je me sens terriblement triste. Je me dis que je n’ai plus de parents ou en tous cas, que je n’aurais jamais les parents que j’aurais voulu. Ces parents idéaux qui m’auraient cajolé, dorloté, aimé de tout leur être, qui m’auraient dit que j’étais belle, forte et que je pouvais accomplir tout ce que je voulais si je m’en donnais les moyens. Des parents aimant, ah ça oui j’en voudrais. Mais jamais, jamais ça ne sera le cas. Ceux qui m’ont donné la vie ne m’aimeront jamais. Ils ne le peuvent pas. Ils sont capables juste de retranscrire leurs propres souffrances. Ils ne peuvent aimer car ils ne savent pas. Ils n’ont pas pris ce chemin. Je ne suis que le fruit de la procréation. Ce n’est pas d’un amour sain et beau que je viens. Je suis née parce qu’ils ont suivi les normes sociales de leur génération. Je ne suis pas une enfant de, je suis l’objet de. Comment vivre avec cela ? Comment vivre tout simplement ?

Ils ont fait un choix un jour. Je me demande s’il y a eu un moment bien précis comme j’ai pu en avoir. Ce moment où tout bascule, où tu sais que tu changes. Je me demande beaucoup de choses. Je me questionne tellement, en tous cas, pendant des années j’ai essayé de comprendre ce qui se passait réellement en moi, dans ma vie, avec les autres, et avec eux. J’ai mis tellement de temps à m’avouer que non, mes parents ne devaient me faire subir tout ça. Et ce « ça » est tellement lourd. J’ai du mal à tout verbalisé, à tout écrire. Il va falloir du temps, encore et encore.

Je suis mal aujourd’hui car je suis une enfant maltraitée devenue adulte.

J’ai repris à fumer et une envie terrible de boire. C’est prenant à tel point que je me sens sur le fil du rasoir. Je veux pourtant m’en sortir. Je veux vivre une vie plus paisible avec mon conjoint. Je veux avoir une vie de famille. Seulement là, maintenant je ne peux pas faire tout cela. Je suis bloquée avec ce vécu traumatique. Il me fait sursauter encore parfois. J’entendais encore le bruit des portes chez mes parents comme quand j’attendais qu’il rentre. J’étais parfois encore dans cette angoisse d’attendre s’il allait être ivre. Il a pu crier, taper parfois. Moi une fois jusqu’à il y a peu. Au début de ma relation avec mon conjoint, j’entendais ce bruit de porte et je sursautais au petit matin, dans mon lit. Malgré que je sois en sécurité avec celui que j’aime, j’étais encore apeurée. J’avais 30 ans et je me sentais encore comme une enfant qui a besoin d’être rassurée. Comment pouvais-je être autrement ? Jamais personne ne m’avait protégé. Le seul qu’il l’a fait est mon futur mari. Et j’ai compris que j’allais pouvoir, grâce à la force qu’il me donnait, rompre ces liens malsains avec ceux qui se disaient être mes parents.

Je parle beaucoup de lui mais d’elle. Je crois que la blessure profonde vient de ce qu’elle n’a jamais pu me donner : de l’affection et de la protection. Elle m’a donné suffisamment pour croire qu’elle était bienfaisante pour moi. J’étais sa copine, celle sur qui reposait tant de responsabilités. Je devais rendre ce qu’elle me donnait, compenser ce qu’il ne faisait pas. Je crois que mon cœur s’est brisé quand ma mère m’a dit qu’elle n’aimait pas les enfants surtout en bas âge. Alors tu ne m’aimais pas ? Voilà ce que je me suis dit à plus de 25 ans. Un jour où je me sentais en confiance, je lui ai dit qu’elle n’avait pas été affectueuse enfin je ne l’ai pas dit comme cela, les mots ont été oubliés. Le sens était pourtant celui-là. Elle me dit qu’elle ne pouvait me donner cela. Un coup de massue ou plutôt un coup de boomerang car j’ai compris plus tard ce que cela signifiait. Mes parents étaient incapables de me donner ce que j’avais besoin. Ils n’ont répondu qu’à l’injonction de la procréation. Je le pense comme cela aujourd’hui. Je commence à construire dans ma tête l’image que je me fais de parents. J’étais aussi dans une formation où on nous apprend les fondements des lois sur la protection de l’enfance, la question de la parentalité. Je crois que sans le voir, mon monde s’effondrait. Je comprenais que mes parents n’étaient pas sains. Nous n’avions pas une relation constructive mais plutôt destructrice. J’étais en fait morcelée à la limite de la folie. Je cherchais de l’aide à cette époque partout : amis, alcool, fête, psychologue et par le suicide. La pulsion de mort se faisait plus prégnante. Je commençais à être attirée par le précipice de mes souffrances. Attirée comme un aimant vers une mort certaine. J’ai commencé à boire de plus en plus. Je tenais grâce à ma formation. Je faisais en sorte de me faire du mal sans que cela se voit trop. Ma souffrance était visible certes mais pas son niveau. J’ai voulu mourir. Je voulais surtout que mes angoisses s’arrêtent. Je voulais que l’on m’aime... qu’ils m’aiment. J’ai essayé de leur dire un jour. Ma mère a stoppé toute discussion et un jour est revenue vers moi. Pas un mot sur ce que j’avais dit. Mon père avait réagi. Je me suis fait bluffer car c’est lui qui aura 5 ans plus tard la main lourde sur mon visage et mon cou.

Je me suis fait suivre par le CMP et la psychologue mais je ne suis pas entendue. Elle me dit que je vais bien. Je crois que j’ai eu un discours trop rassurant. J’essayais de me rassurer et cette professionnelle n’a pas compris. Me voilà repartie sur le fil du rasoir mais une victoire avait été gagnée : j’ai repris goût à la vie et cela ne m’a pas quitté malgré mes déboires. J’ai secouru une personne lors de sa tentative de suicide et cela m’a fait un écho si violent que j’ai décidé de ne pas passer à l’acte. Tout était presque prévu, la date manquait. J’en étais arrivée jusque là et je devrais vivre avec. J’ai beaucoup écrit à cette époque, des poèmes et un journal intime que je continue aujourd’hui. Ecrire a été salvateur pour moi. Un outil thérapeutique pour poser sur le papier tout ce qui ne va pas. J’ai fait des rencontres. J’ai compris aussi qu’il faudrait un jour que je fasse le tri dans mon entourage. J’avais des relations parfois toxiques. Ces personnes ont été là pour moi mais je revivais ce que je vivais avec mes parents : un conflit de loyauté si intense que j’avais du mal à me détacher malgré que je savais que ces relations devaient cesser.

J’ai souvent été perdue voire vraiment paumée quand je devais faire des choix. J’ai vécu dans l’angoisse pendant des années. Je m’en sors mieux aujourd’hui malgré que je veuille parfois trop maîtriser mon environnement et faire tout correctement avec mes propres règles bien-sûr. C’est épuisant et je le suis souvent. En plus d’une profession prenante parfois, je pense me mettre en difficultés. Je me confronte souvent à mes propres limites et celle des institutions où j’ai travaillé. C’est compliqué de se dire que ma profession est choisie mais le reste je ne le maîtrise pas.

 

Voilà comment se finit cette page de mon journal écrit au gré de mes besoins. Moi-même je trouve la fin de cet écrit étrange ... Sans doute était-ce le début de ma réflexion sur mon devenir professionnel ...

J'ai retranscris tant de maux ce 5 septembre 2018, à peine un mois après le drame qui fera cesser mon lien avec mes parents. Ce que je ne savais pas c'est à quel point ce drame allait changer ma vie ...

Photo: La Fenêtre Fille Seule - Image gratuite sur Pixabay

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